Partie III – Cienfuegos, La Boca, Trinidad

Après avoir quitté Viñales, Cienfuegos nous accueille à bras ouverts. Nous avons été « orientés » vers une casa par Violeta, et avons donc déjà un endroit où dormir. Par « orienté », comprenez que notre hôtesse précédente connaît un autre propriétaire de casa à Cienfuegos, auprès de qui elle nous réserve une chambre « si on le souhaite ». En fait, toutes les casas s’envoient les clients les unes aux autres, en échange d’une petite commission (5 CUC seulement…). Violeta, qui connaît bien son affaire, nous a donc réservé une chambre à Cienfuegos, pour laquelle elle récupère une commission, et ne s’est pas privée pour nous donner aussi une adresse à Trinidad, dernière étape de notre séjour, juste au cas où. Elle pourra ainsi récupérer encore une commission si nous y allons. Mais en attendant, nous arrivons à Cienfuegos et sommes attendus à la gare routière par quelqu’un qui brandit une pancarte à notre nom. Il nous emmène à pied jusqu’à la casa, très proche. Nous ne sommes pas chez la personne prévue mais chez sa sœur, parce qu’elle n’avait plus de chambre disponible. Lorsqu’on nous annonce ça, on commence à avoir peur du plan foireux. Et nous changeons immédiatement d’avis lorsque nous sommes accueillis à la porte par Soledad, la propriétaire. Elle est vraiment adorable, la chambre est super, on a notre terrasse privée, c’est propre… Un peu moins familial peut-être qu’à Viñales (les propriétaires vivent au premier étage et nous occupons le deuxième, on vient nous servir les repas en haut, …) mais nous nous sentons aussi bien. Nous allons passer quelques jours agréables.

Sur Cienfuegos, pas grand-chose à dire. C’est une ville coloniale, la troisième de Cuba à être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son architecture. La ville se trouve dans une baie. On peut donc se promener au bord de l’eau, mais pour les plages, il faut s’éloigner un peu. On peut y visiter l’un des plus grands jardins botaniques d’Amérique latine (ça, on l’a su après) ou faire de la plongée (ça, ça nous tentait bien, mais impossible de nous exposer au soleil dans notre état, dommage). Pour nous, il s’agit plutôt d’une étape citadine de quelques jours histoire de nous remettre de nos brûlures avant de nous rendre à la plage, en passant par un endroit appelé El Nicho, difficilement accessible autrement.

Nous avons donc profité de la ville, de son architecture, de son centre, et des bons repas de Soledad pendant quelques jours, mais il faut bien l’avouer, nous n’avons pas fait d’excès en ce qui concerne les activités. Cienfuegos est très agréable, on prend plaisir à s’y promener et à prendre son temps. Elle est peu touristique – en fait si, c’est une base touristique pour les gens qui vont se promener à l’extérieur – ce qui fait que nous n’avons pas cette impression de harcèlement permanent. Ceci dit, nous avons tout de même réussi à nous faire arnaquer par un bici-taxi qui s’est bien moqué de nous et nous a déposé deux rues plus tôt. Notre faute, on n’avait qu’à regarder les panneaux!

Nous avons donc passé quelques jours très agréables, avant d’organiser notre départ pour La Boca, un village en bord de mer au sud de Trinidad, en faisant un arrêt à El Nicho, petit parc national connu pour sa succession de cascades et de bassins d’eau turquoise : l’arrêt à ne pas manquer, et la raison de notre passage à Cienfuegos. Le trajet n’étant pas relié par les transports en commun, il nous faut trouver un taxi particular. Rien de plus simple! Un touriste qui souhaite se rendre à Trinidad par El Nicho est toujours une bonne aubaine 🙂 Nos hôtes nous ont donc trouvé le chauffeur parfait : il nous déposera même à La Boca.

Au bout d’une heure et demie de route, nous arrivons à El Nicho, et là : déception. Nous nous attendions à l’endroit paradisiaque par excellence, nous nous retrouvons dans un parc minuscule, payant (ben oui, parc national, quoi), duquel nous faisons le tour en 20 minutes (30 avec la pause bain de pieds), plein de touristes (et encore, c’était le matin). C’est vrai, les deux-trois piscines et les cascades sont bien jolies, l’eau turquoise est… turquoise, quoi. Mais on nous avait vendu le truc genre, randonnée un peu pentue pour atteindre la cascade, et nous pensions vraiment arriver à un endroit spectaculaire. Finalement, nous nous retrouvons de retour à l’entrée bien plus vite que prévu, obligés d’aller boire une bière en attendant l’arrivée de notre chauffeur, qui était allé se promener avec sa copine pendant ce temps-là. C’est donc un peu déçus que nous remontons dans le taxi. D’autant plus que juste avant de partir, le chauffeur nous demande si on est allé de l’autre côté du parc : il y avait une autre partie! Dégoûtés, on a sûrement raté le plus beau bassin. Mais c’est trop tard, alors tant pis. Direction La Boca.

Deux heures plus tard, nous sommes à la plage! La Boca est un petit village côtier situé à 5 kilomètres de notre dernière étape, Trinidad. Nous allons y passer trois jours. Nous arrivons à la casa Olga, où Soledad nous a réservé une chambre, toujours sur le même principe de commission. Cette fois-ci, par contre, nous sommes mal tombés. Au premier abord, la chambre est correcte, bien qu’un peu vieillotte, mais on ne s’attarde pas là-dessus à Cuba. C’est plutôt les propriétaires qui ne nous font pas très bonne impression. Et cela se confirme après notre petite balade dans le village : nous ne sommes pas aussi bien traités que dans les maisons précédentes. Notre principal point de comparaison étant les repas, nous nous rendons très vite compte qu’aucun effort n’est réellement fait à cet égard. On a demandé du riz, on a eu du riz, point barre. Et on est privé de dessert, ce soir! Pas très sympa, Olga… Nous décidons de changer de lieu le lendemain, et sortons faire un repérage après manger. De toute façon, vu le nombre de casas dans le village, on ne devrait pas avoir de mal à trouver. Au réveil, l’impression de la veille se confirme lorsque nous allons prendre le petit déjeuner : on n’a jamais été aussi mal servi. Le pain est rassi et le beurre est… moisi! Nous n’avons plus aucun scrupule à annoncer notre départ à Olga, qui le prend mal, évidemment, mais on s’en fiche, on n’a qu’une hâte, partir de là! Et une fois sortis, on respire. Nous allons frapper à deux ou trois endroits, et choisissons une casa un peu éloignée, tellement plus accueillante. La propriétaire, Kenia, nous offre un café et un jus de fruits et nous garde nos affaires le temps que la chambre se libère. Ouf! On a bien cru revivre l’expérience de la Havane, en pire parce que la proprio n’était même pas sympa. Nous sommes vraiment soulagés. Mais elle nous a jeté un sort : nous avons retrouvé un scorpion sur le sac à dos l’après-midi même! Pire, le lendemain, à la plage, Stéphane sent quelque chose le piquer dans le cou : un deuxième scorpion! On n’y croyait pas.

C’est donc ici que nous passerons les trois jours suivants, entre la plage et la chambre, la chambre et la plage, les mojitos au petit bar de la plage, et les cocktails du soir à la casa… J’ai d’ailleurs découvert mon cocktail préféré : la canchanchara, spécialité de Trinidad. Stéphane reste quant à lui fidèle au mojito. Non non, nous n’avons pas fait que boire des cocktails, nous avons fait une petite sortie à vélo pour aller à la plage un peu plus loin. La vraie plage de rêve, celle-là. Celle où on voit les poissons fluos juste en mettant la tête dans l’eau! En fait, il faut s’éloigner un tout petit peu de La Boca pour cela, car une rivière se jette près du village, ce qui fait que l’eau n’est pas aussi transparente. Enfin, il ne faut rien exagérer, on voit tout de même le fond quand on nage. Par contre, il n’y a pas de corail. La barrière est plus au large, donc il n’y a pas grand-chose à regarder, alors qu’à quelques kilomètres de là, vers l’Ouest, c’est beaucoup mieux. L’une des activités touristiques du coin est donc de louer un vélo (pas cher, grâce à Kenia… mais pourri, par contre, he he) et de se rendre jusqu’à l’une des petites plages qui longent la route. Là, quelqu’un garde les vélos (contre rémunération, bien sûr) pendant que l’on se prélasse sur le sable blanc. C’est donc à cela que nous avons passé notre dernière journée dans le coin, et il faut dire qu’on a vraiment apprécié. Même si la chaîne de mon vélo a déraillé au moins cinq fois, ce qui a passablement énervé Stéphane qui a dû s’arrêter et mettre les mains dans la graisse pour la remettre en place (je vous laisse imaginer).

Nous quittons La Boca pour la dernière étape : Trinidad. Inscrite elle aussi au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est LA ville coloniale par excellence. Et nous y retrouvons l’afflux de touristes que nous avions laissé à Viñales. Mais c’est bien normal. L’endroit est magnifique! De vieilles pierres, de vieux bâtiments, de la musique cubaine dans les rues, des vendeurs de produits artisanaux… Tout pour s’y sentir bien. Un peu trop, peut-être. On en oublie la réalité cubaine. Enfin, sauf si on sort du centre touristique bien protégé. À deux rues de là, la ville change d’apparence et on retrouve Cuba, ses chiens errants, ses papis qui fument le cigare devant chez eux, ses enfants qui courent partout… Le contraste est frappant! Mais n’est-ce pas cela, justement, qui fait la beauté de Cuba?

En tout cas, nous profitons de ces derniers jours de vacances : promenades et cocktails sont au rendez-vous. Je ne me lasse pas de cette délicieuse canchanchara, et Stéphane ose apprécier un cigare par-ci par-là. Puis vient le temps du retour et, malgré une petite frayeur de dernière minute, sinon, ce n’aurait pas été drôle, nous parvenons à trouver de la place dans le bus qui nous ramènera à notre point de départ : Santa Clara. Nous y arrivons tôt, car nous partons à 7 h 30 du matin de Trinidad, et occupons notre journée avant de nous rendre à l’aéroport, d’où nous partons dans l’après-midi. Alors, comme à notre arrivée, nous flânons sur la Plaza Mayor, mais nous observons ce centre-ville avec un autre regard. Après deux semaines sur l’île, la première impression passée, nous voyons tout cela différemment, sans pour autant en savoir plus. Cela nous paraît familier, mais nous restera toujours étranger. Nous avons vu Cuba. Elle ne peut laisser indifférent. Mais difficile de savoir ce qu’elle cherche vraiment. Pourra-t-elle un jour se dire vraiment « Cuba libre »?


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