Cuba, la misteriosa – Partie I : arrivée

Nous rêvions de Cuba. Nous en revenons et nous nous interrogeons. Sur son ambivalence, son double jeu. Nous pensions en savoir davantage à notre retour. Comprendre. Nous revenons sans réponse. Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre, en fait. À part la photo typique de la vieille Havane, les plages féeriques dignes de cartes postales, la salsa, les cigares et le rhum, nous ne connaissions rien. Nous avions bien-sûr entendu parler de Fidel Castro, sa révolution, avec son compagnon d’armes Che Guevara. Et (Mélanie) j’avais lu le Lonely Planet avant de partir. Et voilà! Alors nous comptions vraiment découvrir comment vivent les gens, leur quotidien, savoir ce qu’ils pensent, comment ils voient l’avenir. Le résultat est mitigé.

L’arrivée à Santa Clara nous met tout de suite dans le bain. Ville de 240 000 habitants située au centre de l’île, elle est assez peu touristique comparé à d’autres. Son principal attrait est qu’elle a été la première ville à être libérée du régime du dictateur Batista en 1958, par Ernesto Che Guevara. On y trouve donc un mémorial (avec les cendres du Che et la flamme éternelle, mais attention, photos interdites à l’intérieur), un musée et différents « lieux de culte » en son honneur.

À part cela, elle est entourée de champs, et le trajet depuis l’aéroport nous permet de découvrir immédiatement les différents moyens de transport cubains que nous ne cesserons d’admirer tout au long de notre séjour : chariots tirés par des chevaux, vieilles Renault ou Peugeot des années 80 (qui servent souvent de taxi), camions (qui servent souvent de bus), vieilles bagnoles américaines des années 50 (qui sont en général des taxis collectifs), bici-taxis (comprenez vélos équipés de deux sièges à l’arrière pour transporter deux personnes, antiquités soviétiques (Lada et autres)…

Tous ces véhicules ont donc deux points communs : ils ne sont pas cubains, et ils sont vieux. On peut en dire autant d’à peu près tout : bâtiments, outils, matériel (quel qu’il soit, quand il y en a). On se retrouve environ 30 ans en arrière en l’espace de 6 heures de vol. C’est impressionnant. J’ose à peine parler des aspects « technologiques » de la vie cubaine. Il faut le voir pour le croire. Mais alors voici le premier contraste : malgré tout cela, de l’extérieur, les Cubains semblent bien vivre. Vêtements de marque dernier cri, coiffures à la mode, ongles manucurés, ils ont tous la dernière version de l’iPhone dans la poche. Mais il faut qu’ils fassent la queue pendant une heure pour acheter du crédit et pouvoir appeler, ou pour acheter une carte qui leur permet d’aller sur Internet pendant un temps limité. Sur les places des villes, pratiquement le seul lieu où il y a du WiFi, on ne voit quasiment que des gens penchés sur leur téléphone en train d’envoyer des textos ou de téléphoner… comme chez nous. Et dans les « cybercafés », car oui, cela existe encore, les gens passent leur temps sur Facebook… comme chez nous. On s’interroge donc sur le manque de moyens des Cubains dont on nous parle à l’étranger.

Sur Santa Clara, pas grand-chose à dire. Nous y avons rencontré un jeune Cubain, Yairel, par l’intermédiaire du couchsurfing. Puisque nous avons régulièrement recours à cette façon de voyager, j’avais commencé mes recherches par là pour trouver un endroit où dormir. J’ai d’abord été très étonnée de voir que tous les Cubains qui offrent des « canapés » sur le site étaient en fait des « casas particulares », l’équivalent des B&B (comprenez payantes), le mode d’hébergement le plus courants sur l’île après les hôtels tout inclus. Le problème est que le couchsurfing, normalement, est gratuit et axé sur l’échange culturel et le partage. C’est ainsi que nous avons appris que ce genre d’échanges était interdit à Cuba, et que les Cubains n’étaient pas autorisés à accueillir des étrangers chez eux… Ceci étant dit, il existe une quantité impressionnante de casas officielles (elles doivent être inscrites auprès des autorités et sont contrôlées de très près), il n’est donc pas difficile du tout de se loger lorsque l’on fait du tourisme à Cuba. Le plus dur est en fait de trouver l’endroit qui convient. Le fait que les Cubains utilisent donc un concept comme celui du couchsurfing à des fins commerciales, parfois illégales car cela permet à des personnes n’ayant pas de casa officielle de louer des chambres moins cher à des touristes non avertis sans les déclarer, me dérange profondément, car cela va totalement à l’encontre des valeurs de ce système d’hébergement. Mais comme nous n’avons cessé de le voir pendant notre séjour, à Cuba, tout est bon pour faire de l’argent. À Santa Clara, donc, grâce à notre contact, nous avons été logés dans une chambre correcte, de façon illégale, pour un prix raisonnable. Nous avons visité tous les lieux phares de la ville, dédiés au Che et commencé à découvrir les coutumes locales : cocktails à base de rhum et musique cubaine.

Après deux jours, nous sommes partis pour la capitale : La Havane! Nous avions prévu y passer trois jours et étions là encore hébergés par un « couchsurfer ». Je ne dirai pas grand-chose de La Havane, puisque nous n’y sommes finalement restés qu’une demi-journée. Le logement se trouvait à des kilomètres du centre-ville, chez la voisine du couchsurfer qui, pour nous accueillir, allait dormir à l’étage. Le quartier était plutôt défavorisé et les critères de propreté plutôt limite : pas de chasse d’eau ni de robinet dans la douche, tout se fait au seau! Comme en plus, on voit très bien sur notre tête que nous sommes des touristes, les chauffeurs de taxis refusent de nous faire payer le tarif normal. Après un retour difficile du centre le premier soir, lorsque nous nous sommes retrouvés sans eau (les Cubains ont une fâcheuse tendance à couper l’eau quand ils partent sans vous dire où se trouve le robinet), dans un lit sans drap ni oreillers, qui sentait l’insecticide (à Cuba, on enfume les maisons avec des produits chimiques pour tuer tous les insectes et autres petites bêtes), nous sommes arrivés à la conclusion que nous ne voulions pas vivre ça pendant encore deux jours, car ce n’était pas comme cela que nous avions envisagé nos vacances. Pour le dépaysement, pas de problème, nous avons été servis et avons vu dans quelles conditions vivent les Cubains les plus défavorisés. Mais pour le repos et le plaisir, ce n’était pas ça. En nous levant le lendemain matin, nous avons fait en sorte de nous rendre à la station de bus, direction Viñales, notre prochaine étape. Nous étions tellement découragés que nous n’avons même pas envisagé la possibilité d’aller nous loger ailleurs dans La Havane pour découvrir la ville. Après quelques heures d’attente, nous embarquons dans un vrai bus, peuplé uniquement de touristes en raison des prix. Seuls les Cubains plus aisés le prennent. Autrement, d’autres transports leur sont proposés pour moins cher (dans ceux-là, les touristes ne sont pas autorisés à monter).

Cela me permet d’ouvrir une parenthèse sur l’argent cubain. Il y a deux monnaies à Cuba : le peso convertible (CUC, qui vaut à peu près 1 $ américain) et le peso cubano (CUP, monnaie nationale, qui vaut 4 centimes de CUC). Tout le monde peut utiliser les deux monnaies, même si les Cubains possèdent surtout des CUP, mais certains lieux n’acceptent parfois que l’une des deux. En général, on considère que le CUC est la monnaie des touristes. Cela n’a normalement pas une grande incidence, car les prix affichés en CUP sont la conversion exacte de ceux affichés en CUC, et vice versa. Là où cela fait une différence, c’est pour tous les services pour lesquels les prix ne sont pas affichés, comme les taxis ou la nourriture achetée dans la rue, qui représente une grande part de l’alimentation à Cuba puisqu’on ne trouve aucun fruit ou légume en magasin. On achète tout cela où on peut, et les vendeurs changent évidemment les prix en fonction de la clientèle. J’ouvre ici une parenthèse dans la parenthèse pour parler des achats à Cuba. Les magasins sont en majorité des magasins d’état. Il n’existe quasiment pas d’enseignes privées, et quand elles le sont, elles ne le sont qu’en partie. Dans les deux cas, les magasins sont peu approvisionnés. Impossible, par exemple, d’aller au supermarché acheter du pain. En général, dans ces magasins, on trouve de l’eau (quand il en reste), des sodas (je conseille le coca cubain, le TuCola), quelques produits d’entretien (bien gardés derrière une vitrine pour éviter les vols) et du rhum. Pour le reste, il faut souvent se rendre à plusieurs endroits pour trouver ce que l’on cherche. La viande d’un côté, les œufs de l’autre. Les fruits, les légumes, le pain sont vendus par des particuliers qui les rachètent aux producteurs qui reversent un pourcentage de leurs ventes à l’état. Il est très difficile de s’approvisionner, tant pour les personnes que pour les restaurants, et on entend très souvent « No hay » (il n’y en a pas) quand on commande quelque chose, parce que le produit n’était pas disponible ce jour-là. L’approvisionnement et la variété des produits constituent donc un vrai défi pour les Cubains. Tout le monde mange, ce qui est positif, mais souvent la même chose : on s’habitue vite au riz et aux haricots, voire les deux ensemble, à tous les repas. Fermeture des parenthèses 😉

Nous arrivons donc à Viñales en après-midi. Un Cubain monté dans le bus nous propose de venir voir la casa de ses parents : il nous montre la carte du lieu avec photos et services offerts (imprimée en couleur, signe de modernité) et nous annonce un prix plus que correct (15 CUC par nuit et nous propose de réduire à 10 CUC par nuit). On se croirait en Bolivie (nous aurons souvent ce sentiment au cours du voyage). Nous le suivons et sommes conquis. Bienvenue chez Violeta et Alberto. Enfin, les vacances vont pouvoir commencer!


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