Sevilla

Qui, à part moi, se souvient de Sevilla 1992 et de son exposition universelle? Vous en souvenez-vous? Nous sommes donc en 1992, je suis en terminale. Année importante pour nous lycéens, cette année du baccalauréat. Après nous avoir emmenés à Segovia, notre professeur d’espagnol (et quel prof ce Tony) veut nous emmener à nouveau en Espagne. Sauf que… La proviseure en avait décidé autrement, remaniement du projet de séjour, les élèves de terminale n’y participeraient pas. Quelle dictatrice! Nous interdire de voyage alors que moi, le baccalauréat… Je m’en foutais un peu, j’avais décidé de remettre cela à plus tard, disons l’année suivante, j’aurais pu y aller à ce voyage. Va expliquer ça à l’autorité scolaire! Bref… Au lieu de travailler pour ce bac, j’avais décidé de me mettre en quête de quelque chose bien plus important : moi. Élève plutôt tranquille, assez timide, pas franchement à faire un pas de travers, le genre un peu invisible quoi. Cependant, quelque chose était en train de germer en moi mais quoi, je ne savais pas. Jusqu’au jour où j’entendis ces jeunes anglais chanter God save the Queen. Une révélation… La métamorphose allait pouvoir s’opérer, j’allais être un punk. Étonnamment, le No Future tant scandé par les Sex Pistols allait me gonfler à bloc, m’ouvrir de nouveaux horizons. Ce No Future avait l’effet inverse sur moi! Waouh, quelle claque, je m’éveillais enfin. Tout devenait possible, je chanterai « La jeunesse emmerde le Front National » sur scène, j’alignerai trois accords à fond la caisse! Quelques potes de lycée pour catalyser le tout, des mauvaises relations disaient certains professeurs. À vous de juger.

Et nous revoilà en 2024, je suis sur mon vélo en route pour Sevilla à penser à tout cela. Et les souvenirs s’enchaînent, les images me reviennent en tête, je revis mes 17 ans. C’est dingue l’effet qu’une ville peut avoir sur une personne! Il fait beau et chaud. On a le vent de face mais au moins nous sommes sur notre tapis vert. Nous sommes sur des pistes cyclables depuis une dizaine de kilomètres. Souvenez-vous Salamanca. Le réseau cyclable espagnol est peint en vert et devient rouge à l’approche de carrefours ou d’endroits où le vélo n’est plus prioritaire. Celui de Sevilla est très développé et dans le centre historique, les piétons et vélos ont priorité sur les voitures. Quel pied!

Nous nous donnons une semaine. Notre logement se trouve près de la basilique Macarena et des quartiers San Gil et Feria. Et quels quartiers! Il y a tout ce que nous aimons et cherchons. Ces quartiers sont faits pour nous. Ou peut-être sommes-nous faits pour ces quartiers… Des épiceries, des boulangeries bio, des marchés… Il y a même un magasin de vélos neufs et occasions, du genre à tout recycler, même la moindre pièce de métal insignifiante. Le vélo de Mélanie à l’atelier pour améliorer ce qui avait été fait à Lisbonne (changement d’axe mais roue arrière décentrée), nous allons écumer la ville à pied d’est en ouest, du nord au sud. Inutile de compter les nombres de pas, les compteurs explosent. Sevilla est une ville généreuse, il y a des monuments partout, des places avec ses bars de quartier, des musées, des théâtres, du flamenco… On ne s’y ennuie pas. Comme à Salamanca, tu te balades la tête en l’air sauf qu’à Sevilla, il faut aussi faire attention où tu poses les pieds! En plus du monde, il faut faire preuve de dextérité et slalomer pour éviter les petits cadeaux de nos amis canins. Une fois que tu as trouvé ton rythme de croisière, tu zigzagues, tu te faufiles, tu évites et tu anticipes.

Et c’est parti pour les visites. À commencer par la cathédrale, célèbre pour son clocher, la Giralda, ancien minaret hispano-mauresque de la grande mosquée almohade. À l’intérieur, passées toutes les bondieuseries, le mausolée de Christophe Colomb attire le regard de tous. Son tombeau est porté par 4 chevaliers d’albâtre, représentant les 4 grands royaumes d’Espagne : à l’avant gauche, Leon tient une croix symbolisant la victoire du christianisme sur l’islam; celui de droite, la Castille, porte une lance, emblème de la découverte de l’Amérique; à l’arrière, Aragon est symbolisé par des chauves-souris sur la tunique; le dernier, Navarre, avec chaînes et fleurs de lys.

Rapide visite des arènes. Ce qui s’y passe ne nous enchante guère mais ces arènes sont un incontournable de Sevilla. Le bâtiment est effectivement joli. C’est tout. (Commentaire de Mélanie : moi, je les ai trouvées magnifiques et impressionnantes. Je ne suis pas spécialiste et je suis totalement contre les activités qui y sont pratiquées, mais on ne peut nier le caractère ultra traditionnel du lieu qui ne m’a pas laissée indifférente.)

L’Alcazar royal de Sevilla sera un autre point fort du séjour. Vu de l’extérieur, cela ressemble à une forteresse avec sa muraille crénelée. Par contre, ce bâtiment vaut vraiment la peine d’être visité et d’y flâner. Construit sur un ancien site romain et wisigoth par les Omeyyades, puis modifié par les Almohades. Au XIIIe siècle, un palais de style gothique y est ajouté. Le siècle suivant, c’est un palais de style Mudéjar qu’on ajoute. La forteresse a donc subi beaucoup de modifications au fil des siècles. On voit tout de suite les différences. Le palais mudéjar est magnifique, on pourrait rester des heures à regarder les céramiques, les voutes en fer à cheval, les colonnes de plâtre sculptées. Les jardins eux aussi valent le détour. Des ficus millénaires, des orangers, des citronniers. On y fait donc nos provisions d’agrumes pour la semaine!

Après ces deux longues visites, nous passerons plusieurs jours à déambuler dans les quartiers, Macarena, San Gil, Feria, San Vicente, Regina, Museo, Santa Catalina, Santa Cruz, Centro, El Porvenir, Triana, Los Remedios, même celui de l’Expo 92. On essaie de ne jamais passer dans les mêmes rues, nos trajets quotidiens sont longs et fatigants (une vingtaine de kilomètres à pied tous les jours) mais quel plaisir. Petit coup de cœur pour la Plaza de España qui est magnifique. La place et les pavillons aux alentours ont été construits sur le parc de María Luisa pour l’Exposition ibéro-américaine de 1929.

On ne pouvait pas quitter Sevilla sans voir un spectacle de flamenco. Nous aurons l’occasion de voir quelques danses gratuitement sur la Plaza de España mais nous nous offrons un spectacle dans un cabaret. Nous nous faisons plaisir, nous sirotons un bon verre de vin rouge et admirons les artistes. Il faut avouer que c’est assez impressionnant et envoûtant. Et enfin, nous irons visiter les archives des Indes. Ce bâtiment possède les fonds d’archives les plus importants sur l’histoire politique, économique, culturelle et sociale de l’ancien empire colonial espagnol. Impressionnant…

Le vélo de Mélanie réparé, nous enfourchons nos montures pour aller à côté de Santiponce, au nord de Sevilla, où se trouve la vieille ville Italica. Première ville romaine fondée en dehors de l’Italie, elle atteint son apogée aux Ier et IIe siècles pour être abandonnée au IVe siècle. Autant dire qu’il n’en reste plus grand-chose. Mais les archéologues ont réussi à déterrer quelques ruines et mosaïques restées intactes. Italica est surtout connue pour son amphithéâtre qui est l’un des cinq plus grands de l’Empire romain, il pouvait accueillir jusqu’à 25000 personnes et des spectacles de naumachie pouvaient y être organisés, entendez par là des spectacles de bataille navale. On remplit d’eau les arènes, on apprête quelques navires avec des prisonniers de guerre et on les regarde s’entretuer.

Pour conclure ce séjour dans la capitale andalouse, nous prenons l’autocar pour Carmona. Petit voyage à la journée qui nous en met plein les yeux. Nous visitons l’alcazar Almohade et nous perdons dans les petites rues étroites du centre historique. Les bâtiments et surtout les maisons y sont magnifiques. C’est une ville clé dans l’histoire andalouse. Fondée par les Carthaginois, elle est passée de main en main (Romains, Arabes, Castillans…) et a gardé des traces de ces différentes époques. La ville s’enrichira ensuite grâce au commerce avec les Amériques.

C’était Sevilla. Demain, nous reprenons la route… ferroviaire.

Les photos sur Sevilla, c’est ici et Carmona, c’est .


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