Nous quittons donc la France pour de bon. Nous voici en Allemagne, territoire quasi inconnu pour nous. Moi, j’y ai fait un ou deux passages en voyage scolaire, expérience dont je n’ai gardé que très peu de souvenirs. Puis nous l’avons traversée en 2005 pour nous rendre en Pologne, sans nous arrêter nulle part sauf sur des aires d’autoroute. Ce n’était pas l’objectif à l’époque. Autant dire que nous entrons dans un nouveau monde, et ce ne sont pas les deux ou trois mots d’allemand qui me reviennent en lisant les panneaux qui vont beaucoup nous aider. On va voir s’il est vrai que les Allemands parlent tous anglais…
Première étape, Heidelberg. On nous a conseillé d’aller visiter cette ville à Strasbourg, alors ne connaissant rien, on fait ce qu’on nous dit. Nous faisons la route en deux étapes et nous arrêtons à Kollersee pour notre première nuit. Conclusion de la première journée de route : les pistes cyclables allemandes sont top, entretenues, super bien balisées. Les automobilistes que nous croisons sont très respectueux. Pas étonnant, avec tous les vélos qui circulent, ils sont habitués. On comprend mieux pourquoi lorsqu’on se promène à l’étranger, ils font partie des gens qui font le plus attention aux cyclistes.
Côté camping, nous arrivons après avoir longuement cherché (étonnamment, les campings qui acceptent les itinérants pour un prix raisonnable sont plutôt rares) dans un établissement super propre, joliment aménagé, vert, agréable dans l’ensemble. Le seul point négatif est l’absence de tables pour les cyclistes, mais c’est un problème qui nous est familier maintenant (même si d’habitude, on trouve une solution; là, non – en fait on avait mal regardé, il y en avait à l’entrée). Ah, et la dame de l’accueil qui a « oublié » de nous rendre la caution de dix euros laissés pour le badge des sanitaires et que nous avons dû aller réclamer. Ça par contre, on n’y est pas habitués, et cela nous étonne vraiment. Mais à part cela, pour une première expérience, ce n’est pas trop mal.
La route est plutôt monotone et nous sommes contents d’arriver enfin à Heidelberg. Cette ville universitaire connue pour son château et symbole du romantisme est charmante. Et charmante rime avec touristique. Cela nous change, parce que jusqu’ici, ce sont surtout des touristes allemands que nous croisons. Et pas énormément. Ici aussi, il y en a, mais on recommence à entendre de l’anglais, et, nouveauté, nous croisons de nombreux groupes de touristes asiatiques. Nous n’avions pas idée que l’Allemagne pouvait faire rêver aussi loin. Il est vrai qu’on pourrait se croire dans un conte de fées dans cette ville médiévale avec son vieux pont et ses ruines. Nous voyons même une jeune fille en robe de princesse se faire photographier sur les murailles du château…




Sans oublier le vieux singe qui se trouve à l’entrée du pont : il y a très très longtemps, une sculpture en forme de singe existait sur le pont principal de la ville, et que celle-ci accueillait tous les visiteurs quand ils rentraient dans la ville. Un écrit du XVe siècle mentionne sa présence. Détruit depuis, c’est en 1979 que le vieux singe en bronze fut recréé. Un disque fut ajouté dans sa main gauche, un miroir dans lequel le visage du visiteur est censé se refléter. Juste à coté de lui, une petite souris est posée sur un parchemin, où il est écrit (traduction simplifiée) :
« Que fais-tu ici bouche-bée ?
N’as tu jamais vu de vieux singe à Heidelberg ?
Regarde toi là-dedans et là,
Tu y trouveras peut-être un des miens. »

Cette attraction touristique est vraiment populaire. Les gens y font la queue pour toucher la statue. On raconte d’ailleurs que si l’on touche le miroir, on deviendra riche, et si on touche la souris à côté du singe, on aura beaucoup d’enfants.
De notre côté, nous admirons et flânons. Et nous découvrons, autant les lieux que la culture. Côté camping, nous avons de la chance, nous en trouvons un pas trop cher, et pas trop mal équipé. Par contre, pas de parcelles, juste une grande étendue d’herbe et on se met ou on veut/peut. En l’occurrence, nous sommes au bord du Rhin, ce qui signifie que le camping est tout en long et qu’il va looiinnn…. Et nous, comme on n’aime pas les gens, on s’installe le plus loin possible pour ne pas être envahis (ce sera un échec, car avec si peu de campings, les campeurs sont nombreux). Toute la première moitié est occupée par les camping-cars, vans et autres caravanes en tout genre, bien alignés les uns à côté des autres, sans aucune intimité. Cela explique pourquoi cela ne les dérange pas de s’arrêter sur les aires de camping-cars omniprésentes dans les autres pays d’Europe que nous avons traversés, qui se limitent plus ou moins à un parking bétonné en dehors de la ville. Ils sont habitués à la promiscuité et finalement, un emplacement avec de l’herbe, même non délimité, c’est le luxe.
Pour le reste, de l’autre côté du camping, il y a la route, très passante. Bilan de nos deux nuits : d’un côté, les camions et les sirènes; de l’autre, les péniches de fret, le tout sous la pluie. On n’a pas beaucoup dormi, heureusement que la ville valait la peine. Et là encore, nous émettons quelques réserves. Notre expérience de touristes n’a pas été optimale. Disons que les gens avec qui nous avons échangé n’ont pas forcément tous été très sympas. Après nous être fait dire par le glacier qu’il allait appeler la police si nous ne quittions pas la table que nous occupions, qui était réservée aux clients qui commandaient une coupe et non à ceux qui prenaient une glace à emporter (à sa décharge, nous avions un peu exagéré en nous asseyant quand même alors qu’on nous avait dit de ne pas le faire, mais quand même, on avait payé notre glace, quoi…), nous avons dû faire remarquer à un monsieur qui tentait ouvertement de nous piquer la place dans une file d’attente que nous étions là avant lui.
Cela est vite oublié lorsqu’en nous rendant au supermarché pour le repas du soir, nous découvrons la quantité et la diversité de produits véganes présents dans les rayons. Nous n’en croyons pas nos yeux. Même la boulangerie offre des pâtisseries et des viennoiseries adaptées à notre régime alimentaire. Bien sûr, nous nous faisons plaisir et n’hésitons pas à nous régaler avec un croissant aux amandes et un à la pistache. Et nous trouvons des bretzels sans lait, ce qui a priori n’est pas toujours le cas. Nous pouvons donc déguster de vrais bretzels allemands, et franchement, on adore!

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