Thé, souks et minarets : immersion à Tanger

C’est tout excités que nous nous rendons à la gare maritime pour traverser le détroit de Gibraltar. La perspective de toutes les découvertes que nous sommes sur le point de faire est toujours enivrante. Nous ne connaissons du Maroc que ce qu’on nous en a dit et les photos que nous en avons vues. Pour le reste, c’est le mystère. Nous embarquons sans problème sur le traversier, seuls cyclistes, un peu étourdis par le bal de femmes voilées qui descendent du bateau précédent avec pour seuls bagages une valise et un ou deux sacs en plastique qu’elles vont charger dans un camion qui les attend, puis embarquent dans des autocars spécialement affrétés. Leur destination? Inconnue. Nous ne savons que penser, immigration, organisation humanitaire… De quoi remettre les choses en perspective.

Nous embarquons donc pour une heure de traversée, dont un bon quart d’heure est réservé au contrôle des passeports. On fait ça à bord, ce sera toujours ça de gagné de l’autre côté. À l’arrivée, rapide contrôle douanier après avoir fait comprendre à l’agent que « si si, défaire les sacoches pour en vérifier le contenu, ça va prendre du temps ». Du coup, il nous demande si on transporte des armes, ce à quoi répondons non, et nous pouvons enfin entrer dans le vif du sujet. Nous sommes immédiatement renvoyés 14 ans en arrière, à notre arrivée en Bolivie. Nous nous faisons instantanément accoster par un soi-disant employé du port qui nous propose de nous changer nos euros au même prix que celui offert au bureau de change. Après lui avoir fait comprendre laborieusement que non merci, nous ne sommes pas intéressés, nous allons changer nos euros au bureau de change, et c’est parti, direction notre logement en plein de cœur de la kasbah (ou de la médina, selon la définition que l’on donne aux deux termes. Nous ne sommes pas encore tombés d’accord là-dessus). En tout cas, c’est dans l’une des minuscules ruelles de la ville fortifiée, et pour y accéder, il faut 1) se repérer, 2) trouver le chemin le plus adapté pour grimper en évitant les escaliers. Après avoir pédalé 500 mètres au péril de nos vies pour arriver au pied des remparts (les Marocains ne prêtent absolument aucune attention aux cyclistes), disons que l’arrivée à la maison nous semble un peu abstraite. En résumé nous avons fait pas mal demi-tour dans les ruelles, il a beaucoup fallu refuser de l’aide aux nombreuses personnes qui proposaient de nous accompagner jusqu’à un hébergement – gratuitement bien sûr -, un gentil monsieur nous a pris en pitié et nous a expliqué par où passer lorsque nous nous sommes retrouvés au pied d’un immense escalier, un autre gentil monsieur nous a aidés à pousser les vélos dans la dernière côte sans rien nous demander (sans même nous parler, en fait), et là, enfin, ouf, nous sommes arrivés! Un dernier effort pour monter tout notre bardas dans la maison traditionnelle que nous allons occuper pour les prochains jours, et nous pouvons nous installer. Vite, nous prenons une douche, et nous partons à l’aventure.

Nous voilà donc partis dans la médina – la vieille ville – et vivons notre deuxième expérience en immersion. Nous nous perdons de nouveau dans les nombreuses et minuscules ruelles qui parfois ne mènent nulle part, parfois mènent chez des gens, parfois débouchent sur une autre ruelle. C’est un vrai labyrinthe, rempli de chats errants. (Ils sont partout et les gens leur donnent leurs restes de nourriture, ils ne sont donc pas malheureux.) Et sans les vélos, nous nous faisons accoster sans pitié par des rabatteurs qui veulent absolument nous faire entrer dans les échoppes de ventes tapis de leur oncle, les magasins de babouches de leur père, ou les kiosques d’épices de leur cousin. Pas facile de leur faire comprendre que non merci, nous n’avons besoin de rien. Une autre fois peut-être. On se croirait vraiment en Amérique du Sud, chacun y allant de ce qu’il a à nous proposer, et généralement, il a tout ce qu’il nous faut. Nous rions même lorsqu’après nous avoir proposé un hébergement, une visite guidée du marché berbère et une table dans un restaurant, la personne à court d’idée nous propose du haschich. Cela nous est arrivé plusieurs fois, nous devons avoir la tête de l’emploi. Bref, il faut passer ce cap, un peu fatigant, de « harcèlement » attribuable à nos têtes de touristes, et une fois cette situation acceptée, nous pouvons faire abstraction et profiter de ce qui nous entoure. C’est le cas lorsque nous entendons pour la première fois l’appel à la prière sortir des haut-parleurs de la mosquée, qui rythmera les journées pendant notre séjour.

Dernier appel de la messe à Tanger

Nous dégustons également notre premier thé à la menthe sucré (très important qu’il soit sucré, TRÈS sucré) dans le petit café à côté de chez nous.

C’est ainsi que nous passons nos premiers jours : à nous perdre dans la médina et à découvrir la ville et ses différents quartiers à pied. Nous avalons les kilomètres d’est en ouest et de haut en bas. Nos jambes n’en peuvent plus, mais nous en prenons plein les yeux. Entre le marché berbère et ses tapis et autres produits d’artisanat, les marchés alimentaires et leurs étals débordant d’épices odorantes, les quartiers plus modernes le long de la mer avec leurs hôtels et leurs restaurants haut de gamme… Le maître mot, c’est la diversité.

Contrairement à ce que nous pensions, nous remarquons que les gens ne parlent pas tant français. Les locaux s’adressent aussi bien à nous en espagnol ou en anglais, ce qui nous étonne un peu, d’autant que toutes les enseignes de magasins, tous les panneaux de signalisation, sont écrits en français. En fait ce n’est pas si surprenant puisque la ville a toujours été au contact d’autres cultures et d’autres langues, et qu’elle continue de l’être en raison de son ouverture sur le monde, notamment par l’immense port commercial de Tanger Med situé à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Tout cela pour dire que nous éprouvons quelques difficultés à nous faire comprendre, chose que nous n’avions pas anticipée.

Plus de photos de Tanger ici.


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