Après mûre réflexion, nous avons finalement décidé de faire un crochet par le Maroc. Cela faisait partie des éventualités, mais nous n’étions pas encore sûrs de notre itinéraire. C’est fait. Nous partons donc vers le sud, en direction de Cádiz, jusqu’à la pointe la plus australe d’Europe continentale : Tarifa, en plein détroit de Gibraltar. Nous prendrons ensuite un traversier et poserons le pied sur le continent africain, à Tanger.
Mais d’abord, nous prenons le train. Oui, parce que nous comptions passer quelques jours à Cádiz, une étape logique sur notre itinéraire par rapport au kilométrage, mais en cherchant des hébergements, nous nous sommes aperçus – au vu des prix exorbitants – qu’un gros événement s’y préparait : le carnaval! L’un des plus importants du pays. Bien déçus de ne pouvoir assister à cela, nous ne pouvons tout de même pas nous permettre de payer 300 euros minimum pour y dormir une nuit. Nous avons donc choisi de prendre le train jusqu’à San Fernando et d’éviter carrément Cádiz, puis de remonter sur les vélos jusqu’à Tarifa. Cela nous permettra d’économiser une journée et de ne pas avoir à dormir dans cette ville qui constituait la seule étape vraiment possible pour nous sur ce trajet. C’est alors que – retournement de situation – une fois dans le train, je me rends compte que je me suis trompée de dates en faisant mes recherches et que le carnaval a lieu la semaine suivante. Résultat, il y a plein d’hébergements abordables. Nous décidons donc à la dernière minute de prolonger le trajet en train jusqu’à Cádiz et y passons la journée. Nous manquerons toujours le carnaval, mais au moins, nous aurons vu la ville. Et elle vaut le détour. Nous avons été charmés par son front de mer sur les remparts (eh oui, nous avons retrouvé l’océan), sa place du marché grouillante, ses ruelles étroites, son château au bout de la jetée, sa cathédrale et autres monuments historiques. De plus, nous avons eu la chance de pouvoir admirer le navire-école péruvien Unión, amarré au port pour son tour du monde. Un pur hasard.




Le lendemain, nous quittons Cádiz sous un vent à décorner les bœufs, comme on dit. Rafales à 50 km/h, de face bien sûr. Nous avons hésité à prolonger notre séjour dans la ville, mais avons finalement pris notre courage à deux mains et nous sommes lancés, oh, surprise, sur l’Eurovéloroute 8. La troisième véloroute européenne d’Espagne, qui longe la Méditerranée et qui fait partiellement partie de notre itinéraire. On l’avait presque oubliée. Et pour ce premier jour, malgré le vent, elle nous gâte par son état (très bien entretenue) et ses paysages. Nous traversons des marais salants à perte de vue, avec la mer d’un côté, et les champs verdoyants et la montagne de l’autre. Le tout sous un grand soleil, c’est tout simplement magnifique. Nous avons même la chance d’observer des flamants roses.

Nous entrons ensuite dans une partie un peu plus montagneuse, sans jamais perdre l’océan de vue pour autant. Le vent se fait un peu moins sentir et la pente n’est pas encore trop raide. Nous sommes tout de même contents d’arriver à Conil de la Frontera et de nous trouver une chambre et un lit confortable après cette journée éprouvante. Mais pas avant d’avoir goûté la bière de la microbrasserie locale, c’est assez rare pour mériter d’être mentionné.

La deuxième étape jusqu’à Tarifa (qui aurait normalement dû se faire en deux jours), n’est pas de tout repos. Nous sommes toujours en bord de mer, mais l’ascension des falaises augmente le dénivelé. Bien sûr, le vent est toujours là. Il paraît que c’est normal dans cette région. Parfait, mais s’il pouvait tourner parfois, ce serait quand même appréciable.
Une énorme côte interminable sur les hauteurs nous mène dans les pinèdes. La vue sur la mer doit être magnifique, mais nous n’avons pas l’occasion d’en profiter. Quand ça grimpe, on ne s’arrête pas! Arrivés en haut, nous faisons tout de même une pause sur un parking, départ de divers sentiers qui, eux aussi, doivent déboucher sur l’océan. Malheureusement, pas le temps pour une randonnée non plus. Nous redescendons et, après une pause-café, puis une pause-repas, nous entamons la deuxième partie éprouvante de la journée. Nous nous engageons sur un chemin de terre et nous rendons vite compte que nous sommes sur des chemins agricoles. Un vrai monde parallèle au cœur de champs d’éoliennes, sous lesquelles paissent tranquillement veaux, vaches et taureaux. Nous croisons tour à tour poulets, cochons et chevaux. Il nous faut même parfois les contourner! Tout est très bucolique et nous pouvons vraiment dire que nous voyons l’Andalousie de l’intérieur. Et c’est très joli. Sauf que cela ne se termine jamais. Et le chemin de terre devient un chemin de roches, puis un chemin de boue, puis une mare de boue… Même si le dénivelé est faible, nous ne nous en rendons pas compte tant les difficultés sont grandes. Bref, nous parcourons ainsi une bonne dizaine de kilomètres à zigzaguer autour des flaques et des obstacles divers et variés, parfois en poussant les vélos, parfois en peinant pour les garder (voire les remettre) debout. C’est fourbus que nous arrivons ENFIN à une route asphaltée : une nationale, Alléluia! Nous retrouvons notre vent de face, mais au moins, ça avance. Encore une fois, merci Eurovélo pour cet itinéraire totalement inadapté pour les cyclotouristes.

Finalement, nous atteignons Tarifa en fin de journée, exténués et boueux. Nous ne pensions pas forcément nous y attarder, mais après avoir trouvé un hôtel pour la nuit, nous décidons de prendre deux jours pour nous remettre de cette étape, préparer la suite de notre périple et nettoyer notre matériel, qui en a bien besoin. Accessoirement, nous voulons prendre le temps de visiter cette petite ville historique typique avant de traverser la Méditerranée.
Plus de photos ici.
Ça aurait été dommage de manque Cadix, c’est superbe!
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