Nous quittons la grande ville et son agitation pour le calme de la campagne. Notre prochaine grande destination est Cáceres. Pour nous y rendre, il faut traverser une région rurale, très rurale.
La première étape entre Salamanca et Guijuelo, d’une cinquantaine de kilomètres, est plutôt longuette, sans grand point d’intérêt. En plus, il vente. Depuis un certain temps, le vent nous accompagne. Il vient principalement de l’ouest, mais aussi parfois du sud, ce qui fait que logiquement, on l’a soit de côté, soit dans la face tout le temps. Cette journée n’échappe pas à la règle et c’est en parcourant des routes à travers champs, plus ou moins plates, que nous arrivons essoufflés à Guijuelo en fin de journée. La ville n’a pas grand intérêt, si ce n’est (pour les carnivores) que c’est la région où sont élevés les porcs pour le jambon de luxe : la pata negra. Les animaux sont nourris aux glands, et pour cause : le paysage a sensiblement changé au fil des kilomètres et les champs ont laissé place à des près verdoyants parsemés de chênes de petite taille disséminés un peu partout. Nous sommes en Extremadura, ou Estrémadure en français. Je ne m’attarderai pas sur la question des cochons – ni des vaches ou des moutons, eux aussi très représentés dans cette région d’élevage – dont le sort ne fait aucun doute, et qui n’est pas à notre goût, cela va sans dire. En revanche, je m’attarderai sur les magnifiques paysages que nous découvrons ici. Les grandes prairies vallonnées, d’un vert éclatant se succèdent, parsemées tantôt de murets de pierre comme en Irlande, tantôt de gros rochers comme en Bretagne. Nous naviguons indifféremment entre oliviers, cactus et chênes, sous le regard intrigué des vaches qui broutent paisiblement, le tout sur fond de montagnes. En effet, nous sommes entourés de plusieurs chaînes qui ajoutent encore de la magie à ce paysage enchanteur. Et le soleil est de retour, nous permettant d’admirer toute la splendeur des étendues qui s’offrent à nous.
Cette route nous mène à Hervás, petite commune réputée pour son architecture (églises, couvents, ermitages, on commence à avoir l’habitude), mais aussi pour son quartier juif très ancien et bien conservé, qui occupe tout une partie de la municipalité. Sans oublier l’incroyable richesse d’activités de plein air, proximité des montagnes oblige. Il y a des sentiers de randonnée et des pistes de trail et de VTT dans tous les coins. De quoi éliminer le gras de jambon accumulé dans les artères…
Mais avant ce petit arrêt de deux jours, nous faisons une halte d’une soirée à Baños de Montemayor, où nous avons découvert par hasard l’existence de sources thermales datant de l’époque romaine, ouvertes pour des soins de santé, mais également aux cyclotouristes qui ont besoin de se détendre les muscles des jambes. Nous nous sommes donc offert une petite séance baignade en eau chaude soufrée, ce qui devrait nous régénérer.

Régénérés ou pas, nous reprenons notre route sur la voie verte, elle aussi découverte par hasard. Comme souvent, il s’agit d’une ancienne voie ferrée réaménagée, donc majoritairement plate. Celle-ci est en altitude, ce qui nous offre un point de vue encore meilleur sur la région. Après Hervás, où nous prolongeons notre séjour d’une journée tant nous nous y sentons bien (enfin, il devait pleuvoir…), nous rejoignons Plasencia, magnifique ville fortifiée où il a l’air de faire bon vivre. Nous pouvons même manger au soleil sur la place tellement il fait beau! Nous n’y passons que l’après-midi et la nuit, faute de temps, mais cela nous donne une idée de l’ambiance plaisante (sûrement un peu différente en cette période des fêtes). Et ça nous donne l’occasion d’admirer encore des crèches (cela devient une vraie addiction) et de squatter le café du Parador pour profiter du luxe à bas coût (quoi que, 2,50 euros le café, c’est pas si bas…)



Fin de la voie verte, reprise de la route. Nationale en partie, puis locale par la suite. Jusqu’à Cañaveral, un minuscule village en pleine cambrousse. Mais c’est le seul endroit où nous pouvions nous loger à une distance raisonnable, alors voilà. Et nous ne l’avons pas regretté. Nous avons réservé une chambre dans une super auberge aménagée dans une ancienne ferme – les crochets pour la viande sont encore au plafond. C’est étonnant, mais le lieu a énormément de charme et nous nous y sentons tout de suite à l’aise. D’autant qu’il fait tellement beau que nous profitons de la cour arrière pour faire le plein de vitamine D : pique-nique au soleil et séchage express de vêtements.

La petite balade digestive dans le village met la touche finale à cette magnifique journée. Après le dépaysement des maisons en adobe dans les ruelles pentues, nous grimpons un peu dans la montagne pour le plaisir des yeux. La vue est incroyable, nous nous sentons tout petits. Et là, surprise, au loin : de l’eau! Nous n’en avons pas vu depuis bien longtemps, mais on peut apercevoir en contrebas le lac de retenue du fleuve Tage. Nous en profiterons davantage demain. Nous redescendons au village, non sans avoir fit une petite récolte d’olive dans les chemins. Nous allons essayer de nous en préparer un pot.

Dernière étape ardue jusqu’à Cáceres le lendemain. En gros, ça monte tout le temps, à part au début. Pente progressive, mais trèèèèsss longue. Interminable, même.
Nous sommes bien contents d’arriver en milieu d’après-midi. Toutefois, la route était tellement belle que cela a atténué la douleur. Nous en avons pris plein la vue. À présent, nous nous préparons à en prendre plein la vue dans cette ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Voyons si elle est à la hauteur des précédentes merveilles.
Plus de photos ici (Guijuelo, Baños de Montemayor, Hervás, Plasencia).