Nous quittons Burgos sous le soleil, et oh, surprise : il a gelé ce matin! L’occasion parfaite pour mettre nos derniers achats vestimentaires à l’épreuve (je mets tout de suite fin au suspense : quand il fait froid, il fait froid; couvre-chaussures ou pas. Mais ne soyons pas trop difficiles, avec de grosses chaussettes et les couvre-chaussures, c’est tout de même un peu mieux.) En tout cas, ça fait du bien de pédaler sous un ciel clément, et malgré la température, nous profitons du trajet vers Castojeriz, notre étape du jour. Le paysage a changé. Nous nous trouvons dans un environnement plutôt aride, entourés de collines pelées. C’est un peu désertique et on se sent presque seuls sur terre. C’est sûrement pour cette raison que Saint-Jacques-de-Compostelle a choisi ce chemin, qui pourrait pousser à l’introspection. En tout cas, c’est ce que semblent penser les nombreux pèlerins que nous croisons tout au long de la journée. Car oui, même en hiver, tout comme il y a des cyclotouristes sur les chemins, il y a des pèlerins. Cela donne lieu à une discussion récurrente concernant les paradoxes de la religion, notamment le fait qu’elle est censée être ouverte à tous et ne pas faire de différence entre les hommes, mais qu’elle favorise les pèlerins de diverses manières, par exemple en leur réservant des hébergements auxquels les autres n’ont pas accès. Eh oui, les pauvres cyclistes que nous sommes qui ne parcourent pas le chemin de Compostelle n’ont d’autre choix que de payer des logements au prix fort, au prétexte qu’ils ne sont pas en possession du fameux livret prouvant qu’ils sont en pèlerinage – entre parenthèses, nous pourrions tout à fait nous procurer ce livret vu la distance que nous avons parcourue sur ledit chemin. Bref, passons…
Dans un autre registre, nous avons rejoint l’Eurovéloroute 1 depuis un certain temps, et comme à son habitude, elle comporte des hauts et des bas. Aujourd’hui, nous sommes sur des chemins de terre, pas entretenus. Le terrain n’est pas tout à fait plat non plus, ce qui ne facilite pas les choses. Heureusement, le sol est à peu près sec. Du coup, les jambes forcent pas mal, et nous sommes bien contents d’arriver à l’hôtel. Et quel hôtel! Le style espagnol à son meilleur. Tout y est : mur en pierre, fauteuils, canapé et tête de lit en tapisserie assortie, cadres d’époque, chandeliers… On se croirait dans un film. Et il fait chaud, et ça, ça vaut tout l’or du monde. Alors nous nous réchauffons, mangeons un morceau, et partons à l’assaut de ce petit village typique dont nous n’avions pas connaissance jusque-là. Nous sommes tombés sous le charme de ses ruelles pavées et de ses maisons en pierre, de son église, de ses maisons troglodytes creusées dans la colline, et de son château en altitude (où ce qu’il en reste) et de la vue sur les alentours. C’était l’étape parfaite.





Le trajet du lendemain menant à Palencia a été moins agréable. Nous avons opté pour la route pour bénéficier de l’asphalte et raccourcir un peu la journée. Nous faisons cela régulièrement, car les véloroutes ont ce petit défaut de toujours rallonger la sauce pour éviter à tout prix la route, quitte à nous faire passer par des chemins de terre, voire même des sentiers impraticables, souvent totalement inintéressants. Nous n’avions pas le courage aujourd’hui, sachant que les routes départementales ou nationales sont tout à fait adaptées aux vélos en Espagne. Il y a toujours une bande latérale suffisamment large, et les automobilistes espagnols sont très respectueux des cyclistes.
Nous n’avons pas encore évoqué ce sujet, mais je le fais maintenant : nous ne nous sommes jamais sentis en danger sur la route depuis notre arrivée en Espagne. Le code de la route impose aux automobilistes de laisser 1,5 mètre de distance entre eux et les cyclistes, et ils le font vraiment. Même les camions se déportent sur les grandes routes, alors que nous sommes sur la bande latérale et que la distance de sécurité est déjà respectée. Idem en ville. Déjà, il y a des pistes cyclables quasiment partout, que les piétons respectent la plupart du temps. Quant aux automobilistes, ils sont là encore très respectueux et s’arrêtent à tous les passages piétons dès qu’ils voient que quelqu’un (piéton ou cycliste) attend. Franchement, nous sommes agréablement surpris, car nous craignions que les Espagnols, plutôt connus pour avoir le sang chaud, se comportent de façon un peu moins cordiale.
Le trajet du jour a donc été plutôt court, mais pas facile pour autant. L’environnement s’est « dégarni » depuis hier, et il n’y a quasiment plus aucune végétation. En gros, nous sommes dans les champs. Ce qui signifie qu’il n’y a pas d’arbres pour se protéger du vent. Et c’est bien le vent qui a décidé de nous donner du fil à retordre. Ça faisait bien longtemps que nous n’avions pas eu à affronter cela. Une interminable ligne droite de 40 km avec le vent en pleine face tout du long. Un vrai bonheur. Heureusement que c’était plat. Nous sommes rincés lorsque nous arrivons à Palencia en début d’après-midi et prenons nos quartiers dans le petit hôtel avec cuisine que nous avons réservé en centre-ville. Encore une fois, nous profitons du reste de la journée pour découvrir la ville et ses églises, monastères et autres monuments historiques à pied, avant d’aller nous faire un bon repas et profiter du lit douillet qui nous attend. Demain, nous partons pour la grande ville de Valladolid.





À Palencia, nous découvrons l’existence du Canal de Castille, l’un des rares canaux espagnols (https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_de_Castille), et c’est justement le chemin que l’Eurovéloute 1 a décidé d’emprunter. Nous la suivrons donc aujourd’hui. Le ciel est menaçant, mais la journée ne s’annonce pas très difficile. Les canaux, en général, c’est plat. Oui, sauf que la route est un chemin en gravier en très mauvais état, plein de nids de poule. Les 20 premiers kilomètres sont tout de même assez agréables avec les écluses, les roseaux et l’eau presque bleutée malgré le ciel gris.

Mais après la pause-café à Dueñas, ça se gâte. Nous nous retrouvons coincés dans un couloir entre la nationale et l’autoroute, nous ne voyons plus l’eau, et la pluie s’emmêle. Malgré tout, dans ce contexte plutôt déprimant, nous sommes rejoints par un cycliste espagnol qui nous accompagne sur une bonne partie du reste du trajet, le rendant un peu moins monotone. Enfin, nous arrivons à Valladolid et allons prendre nos quartiers dans notre chez nous pour les deux prochains jours. Encore une journée bien remplie!
Plus de photos sur ici (Castrojeriz) et là (Palencia)