Du nord au sud – Partie 1

Ou plus précisément du nord du Canada au sud de l’Alaska. 
Tout a commencé à Whitehorse le 20 juin. Départ en fin de journée direction Carmacks, à environ 300 km. Déjà, nous sommes dans l’inconnu. Nous ne sommes jamais allés à plus de 20 km au nord de la capitale. Bon, le paysage est plutôt banal, pas de quoi s’extasier. Nous nous arrêtons pour camper. Ça y est, on est en vacances. On reprend les habitudes : burgers au coin du feu (il fait un peu chaud, on ne devrait pas, mais on ne le fera pas tous les soirs) accompagnés des traditionnels bière(s) et vin. Et comme c’est l’été, on sort le rosé!

Nous passons notre première nuit dans un Étienne au top du top, à la pointe de la technologie grâce aux efforts de Stéphane : rideaux tout beaux et systèmes d’accroche ultra élaborés, moustiquaires recousues, filet élastique au plafond pour le rangement. Il n’y a plus qu’à dormir, maintenant. La première nuit est correcte. Il faut s’habituer à ce nouvel espace. On s’est réveillés quelques fois. Pas grave. Nous nous y ferons assez vite.

Jour 2, direction le parc territorial Tombstone, au Nord de Dawson. Comme il fait vraiment beau, nous décidons de nous y arrêter tout de suite plutôt que de risquer d’avoir de la pluie au retour. Mieux vaut tenir que courir. Arrêt obligé au croisement de la Klondike Highway qui part à l’ouest vers Dawson et la Dempster Highway qui part vers le nord : on remplit le réservoir. Après ça, plus de station essence avant au moins 400 km. Nous nous installons au camping du parc. Quand je dis nous installons, je veux dire nous installons la tente moustiquaire. Nous retrouvons les joies du camping et les moustiques ne tardent pas à nous rappeler leur présence. Dès le deuxième soir, on peut dire que ça commence bien… Cela ne nous empêche pas d’aller faire une courte randonnée pour nous mettre en jambes avant la vraie marche du lendemain.

Le lendemain, justement, le soleil est toujours là, ce qui est parfait pour notre programme : Grizzly Lake, la randonnée la plus prisée du parc (et l’une des seules accessibles à cette période de l’année puisqu’il y a encore de la neige par endroits). La distance n’est pas énorme, mais ça grimpe! Et en haut, quel spectacle! Vue sur l’emblématique mont qui a donné son nom au parc, et sur le lac Grizzly en contrebas. C’est magnifique!

De retour en bas, il est encore tôt. Nous décidons de poursuivre notre route plutôt que de passer le temps au camping. Nous parcourons donc 150 km jusqu’au camping suivant, Engineer Creek, qui restera gravé dans notre mémoire en raison de son infestation par les moustiques. Pas étonnant que les huit emplacements (seulement) ne soient pas occupés : impossible de rester dehors. Soirée difficile entre l’énervement des uns, le stress des autres et les démangeaisons de tous, elle ne restera pas dans les annales.

Après une nuit pas terrible et un départ précipité du camping pour la même raison que la veille, nous reprenons la route. L’objectif du jour est d’atteindre l’océan Arctique  pour le soleil de minuit. Il fait toujours aussi beau et comme on ne sait jamais de quoi demain sera fait, on ne veut pas rater notre coup et ne voir que les nuages de minuit. Ce serait con. Donc, on roule, on roule, on roule. Ah oui, une précision : nous sommes sur la Dempster Highway. La route n’est pas asphaltée : 700 km de trous, bosses, roches et poussière au menu. Nous roulons donc et faisons plusieurs arrêts en chemin pour admirer les paysages. À notre grande surprise, la route vers l’Arctique n’est pas qu’une vaste étendue plate recouverte de toundra. Nous somme bel et bien entourés de montagnes, tantôt sur des sommets, tantôt au creux de vallées. C’est incroyable et magnifique!

Après avoir passé le cercle Arctique, traversé la frontière des Territoires du Nord-Ouest et pris deux traversiers, nous arrivons à Inuvik, le bout de la route jusqu’à il y a presque deux ans, sous un ciel clair et ensoleillé. Mais nous, on continue. Une nouvelle route a en effet été construite et terminée en 2018, la Centennial Road (à l’occasion du 150e anniversaire du Canada), pour relier Inuvik à Tuktoyaktuk, notre destination finale, sur les rives de la mer de Beaufort. Auparavant, les gens de Tuk ne pouvaient se rendre à la ville que l’hiver par la route de glace. Autant dire qu’ils n’étaient pas nombreux à parcourir ces 150 km et que le village était comme qui dirait coupé du monde. Maintenant que cette route existe, elle est pas mal empruntée, en particulier par les touristes qui veulent tremper un orteil dans les eaux glacées de l’Arctique. Nous ne sommes donc pas seuls, même si – il ne faut rien exagérer – il n’y a pas foule quand même. Surtout à l’heure où nous nous nous y engageons : en partant à 21 h d’Inuvik, on s’assure quand même une certaine tranquillité. Et toute une aventure. La route, qui semble au départ plutôt en bon état, s’avère être l’une des pires routes de gravelle que nous ayons jamais empruntée. Et ce soleil qui nous éclaire comme en plein jour devient vite un handicap, parce que même s’il ne se couche pas, il descend et les pare-soleil ne servent bientôt plus à rien. En revanche, les paysages sont incroyables et indescriptibles. Les photos donnent bien une idée, mais elles ne peuvent transmettre toutes les émotions que nous avons pu ressentir en admirant ce qui nous entourait. Enfin, à 23 h 30, épuisés, nous arrivons devant l’emblématique panneau : Arctic Ocean, le plus au Nord que nous irons jamais. Et on ne nous a pas menti, il ne fait pas nuit.

Le lendemain, surprise, il fait grand jour lorsque nous nous réveillons. Le ciel, bleu d’un côté et grisonnant de l’autre ne présage rien de bon. Nous nous installons à la table de pique-nique pour déjeuner et nous voilà partis à la recherche de quelqu’un qui voudra bien accepter de nous vendre le permis de camping que nous aurions dû acheter la veille, mais nous étions arrivés trop tard. Après l’office de tourisme fermé, la vendeuse de la boutique d’art qui ne sait pas, le vendeur du supermarché qui ne sait pas et la mairie fermée, nous abandonnons. On ne va quand même pas frapper à toutes les portes. Il faut se rendre à l’évidence, le camping est gratuit à Tuk. On passe quand même acheter deux-trois trucs à l’épicerie (tant par nécessité que par curiosité), mettons de l’essence pour le plus grand bonheur du jeune vendeur et, le ciel devenant de plus en plus menaçant, nous dépêchons de repartir au sud vers les pingos avant la pluie. Les pingos sont l’une des curiosités de la région : de petites collines formées par la fonte du pergélisol et le mouvement des plaques tectoniques. Trop technique pour moi, vous trouverez tous les détails ici. On en profite pour goûter la température de l’eau – pas si froide. Stéphane ne respectera  toutefois pas son engagement et n’osera pas se baigner. Petit joueur!

La pluie arrive et il est temps de reprendre la route, direction Dawson. On décide d’aller le plus loin possible, on verra où on s’arrête. Le temps se gâte vraiment à mesure que nous avançons et après un court arrêt à Inuvik pour voir à quoi ressemble la plus grande ville du Nord (à rien d’exceptionnel), c’est le déluge. Sur une route non asphaltée, on vous laisse imaginer ce que ça donne. Les passages de traversiers se font littéralement dans la boue et on soulève de la terre (de couleur différente selon la portion de route) qui reste collée sur la carrosserie d’Étienne. Son nouveau look fait d’ailleurs fureur auprès des gens qu’on croise qui nous félicitent en reconnaissant notre exploit.

Après avoir passé le cercle Arctique dans le brouillard et nous être arrêtés à Eagle Plains sous l’orage pour faire une pause, nous décidons de nous arrêter au parc Tombstone pour la nuit. Arrivée à 2 h du matin pour un repos bien mérité. Nous nous réveillons à 10 h sous un ciel à peu près bleu, mais dans la fumée. En effet, l’orage de la veille a déclenché un incendie près de Dawson. Nous allons jusqu’au camping pour déjeuner et faire un peu de ménage dans la voiture tout en tentant d’échapper aux moustiques dans l’abri (satanée bestioles, même la boucane ne les fait pas fuir) et prenons la route pour Dawson, à 150 km, sur les traces des chercheurs d’or.


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